Flasher avec les chiffres : spéculation immobilière et spéculation démographique

Par la Coalition Dorchester
Publié le 2 avril 2025
Illustration: HEMA

955 Grande-Allée, boisé de Châtels, Golf de Cap-Rouge, stationnement Indigo… L’Îlot Dorchester n’est pas le seul cas où la Ville de Québec manœuvre afin d’exclure la possibilité de référendum lors des consultations citoyennes, au profit de projets immobilier qui ne sont pas bienvenus.

Ce procédé est maintenant systématique. La Ville justifie ce déni de la démocratie — et de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme, dont l’un des principes fondateurs est la participation citoyenne, par la crise du logement. À Québec, le taux d’inoccupation était de 0,8% en 2024 alors qu’il est de 1,8% pour tout le Québec.

La valse des chiffres

Réactualisant sa Vision de l’habitation 2020-2030, le Plan d’action 2023-2026 de la Ville se donne pour objectif la construction de 80 000 logements pour 2041. Cela fait beaucoup de chiffres et de dates. Ils valent néanmoins la peine qu’on s’y attarde car ils mettent en évidence l’incohérence du discours des élus.

Ainsi, lors d’une consultation le 25 février et au Conseil municipale du 18 mars, Mélissa Coulombe-Leduc appuyait ouvertement les modifications radicales des programmes particuliers d’urbanisme (PPU), martelant que le contexte avait changé depuis la pandémie et que l’objectif de 80 000 logements pour 2041 s’imposait.

Une demande d’accès à l’information pour comprendre d’où vient ce chiffre magique a été déposée. La réponse indique que ce nombre a été calculé en fonction de données démographiques de L’Institut de Statistique, pour l’ensemble du Canada et initialement basée sur… l’année 2016 et se projetant jusqu’en 2030. Ces chiffres ont certes été révisés … mais en se basant sur des données de 2021. L’argument de la pandémie est donc nul. Ainsi, la conseillère prétend d’une part que le PPU pour l’Îlot Dorchester est désuet puisqu’il date de 2017, alors que son administration se base sur des informations démographiques de 2016. Informations qui avaient été projetées par leur auteur jusqu’en 2030, la Ville en étirant plutôt la portée jusqu’en 2041.

S’appuyant sur ses données, en pleine poussée démographique exceptionnelle dopée par des politiques gouvernementales d’immigration massive, la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) a conclue dans un rapport de 2023, que le Canada aurait besoin de  3 500 000 logements afin de revenir à un niveau d’abordabilité tolérable. La part des besoins de Québec, établi proportionnellement, serait de 76 675 unités résidentielles (chiffre arrondi à 80 000). Cette simple règle de trois pose d’emblée un problème méthodologique, du fait que les besoins de logement sont liés à des facteurs variables d’une province à l’autre. De toute manière, suite aux dernières prévisions gouvernementales, ces chiffres sont indéfendables.

La venue d’un temps nouveau

Comme la SCHL en 2023, le ministère des Finances du Québec s’attendait encore, à l’automne 2024, à ce que la croissance de la population demeure extrêmement vigoureuse, portée par la poursuite des niveaux élevés d’immigration temporaire. Pourtant, dans son budget 2025-2026 sorti en mars 2025, il anticipe maintenant un tout autre scénario, soit une quasi-stagnation de la population dès 2026, une première depuis des décennies. Un changement qui s’explique principalement par des décisions politiques récentes, tant à Ottawa qu’à Québec, resserrant drastiquement les cibles d’immigration, tant permanente que temporaire. L’impact est spectaculaire. Après une hausse record estimée à 2,4 % en 2024, la croissance démographique devrait chuter à 0,5 % en 2025, pour ensuite plafonner à 0,0 % en 2026 et remonter à peine à 0,3 % en 2027.

Pour balayer du revers de la main des PPU souvent fruit d’années de réflexion, construire n’importe quoi, n’importe où, et nivelée la démocratie municipale du même souffle, la Ville invoquait une urgence, un nouveau contexte. Soit. Mais, en 2025, ce « nouveau contexte » s’est évaporée, lui-même passé date. Doit-on continuer à construire à un rythme effréné, jusqu’en 2041, obnubilé par le mantra du 80 000 logements, alors que la population anticipée en 2016, 2020, 2023, ne sera pas au rendez-vous selon les prévisions démographiques de 2025?

Le temps est venu de retomber sur terre. Les deux pieds sur terre. De respecter les PPU existants, qui étaient un gage d’une vision à long terme. Et, si l’on souhaite les modifier, considérons la démocratie municipale, en cessant de priver la population de son droit d’influer sur des décisions et des projets touchant durablement son milieu de vie.

 

 

 

 

 

 

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